La Chine multiplie les arrestations d’opposants
L’arrestation de l’artiste Ai Weiwei, dimanche dernier, intervient dans un contexte de répression accrue envers la dissidence chinoise.
L’artiste Ai Weiwei, 53 ans, arrêté sans justification dimanche à Pékin, sait depuis hier de quoi on l’accuse. Ce défenseur de la démocratie et des droits de l’homme est soupçonné de « crimes économiques », a fait savoir la justice chinoise. « C’est une accusation fabriquée, un grand classique, assure Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme (LDH). La Chine essaye de combattre les démocrates en les amalgamant avec des corrompus. »
La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les États- Unis se sont indignés de cette arrestation. Le ministère chinois des affaires étrangères a répliqué que « les autres pays n’ont pas le droit d’interférer » dans cette affaire qui « n’a rien à voir avec les droits de l’homme ou la liberté d’expression ».
Les interpellations de militants des droits de l’homme se sont multipliées depuis fin février. À l’époque, des sites Internet hébergés à l’étranger avaient lancé un appel à des « rassemblements du Jasmin » dans les treize principales villes chinoises, s’inspirant des soulèvements tunisien et égyptien. Selon China Human Rights Defenders, organisation basée à Hong Kong, trente personnes auraient été arrêtées suite à l’appel et une douzaine n’aurait pas réapparu.
« Citons, sans prétendre être exhaustifs, les disparitions forcées des avocats Teng Biao, Jiang Tianyong, Tang Jitian ; la mise en détention du juriste Xu Zhiyong ; l’agression dont a été victime l’avocat Liu Shihui ; les arrestations des intellectuels Ran Yunfei, Hua Chunhui, Liang Haiyi, Ding Mao, Chen Wei et Pu Fei pour subversion du pouvoir d’État ou incitation à la subversion du pouvoir d’État. On est sans nouvelles des lieux et des conditions de détention de toutes ces personnes », dénonce la Ligue des droits de l’homme.
« Le pouvoir chinois serre la vis depuis l’attribution du prix Nobel de la Paix au dissident Liu Xiaobo en novembre et depuis les soulèvements arabes de ce début d’année, observe Jean-Pierre Dubois. C’est le signe d’un affaiblissement du pouvoir, qui fait face à une contestation de plus en plus vive. » En début d’année, le président chinois Hu Jintao avait laissé espérer un fléchissement de la répression. « Il reste beaucoup à faire en Chine en matière de droits de l’homme », avait-il reconnu le 19 janvier, lors d’une rencontre avec Barack Obama à Washington.
Jean-Philippe Chognot
Article publié dans le journal La Croix, du 08/04/2011, en page 6.