Risque d'enlèvements au Mali : les expatriés n'ont pas peur

Publié le par Jean-Philippe Chognot

4557097035 43d62e5931 oLe Quai d’Orsay redoute des enlèvements au Mali. Michèle Alliot-Marie a émis cette crainte mercredi à l’occasion de ses vœux à la presse. «Nous voyons, grâce à la collaboration de tous les services, un certain nombre de menaces, notamment dans le nord du Mali, a mis en garde le ministre des Affaires étrangères. Aujourd’hui, nous appelons l’attention des personnes susceptibles d’aller dans cette région sur le véritable risque d’enlèvement qui existe et qui est un risque sérieux et je dirais presque un risque imminent.» Sur place, les expatriés ne se sentent pas en danger. Témoignages.

 

«On est en sécurité»

François Florin, infographiste, à Bamako depuis cinq ans.

«Je ne me sens pas en danger. Pas plus que d’habitude en tout cas. A Bamako, on est très en sécurité. Les gens sont très solidaires. On ne peut pas se faire arracher son portable dans la rue ou se faire dépouiller parce que les gens interviennent tout de suite. Il y a un sentiment de sécurité très, très fort. (…) Je n’ai pas été contacté par le consulat mais je visite régulièrement le site du ministère des Affaires étrangères. Quand ils disent de ne pas aller au Mali parce qu’il y a eu un enlèvement à 1000 kilomètres d’ici, c’est comme si on disait aux Américains de ne pas venir en France parce qu’il s’est passé quelque chose dans un petit village du Rhône.»


«Pas l’intention d’être évacuée»

Anne-Stéphanie Vielle, membre de l’association Farrawo, à Bamako depuis quatre ans.

«On m’a prévenue que l’ambassade commençait à prendre les coordonnées de tous les expatriés qui vivent ici, au cas où il faudrait faire une évacuation. Moi, je n’ai pas donné les miennes et je n’ai pas du tout l’intention d’être évacuée ou quoi que ce soit. D’ailleurs, mon père travaille à l’ambassade et lui-même n’a pas l’air plus inquiet que ça. (…) On ne ressent pas de menace réelle. On est à des centaines de kilomètres du désert. (…) Mais je pense quand même que certains expatriés sont un peu inquiets. On a une maison d’hôte et des gens se sont décommandés.»

 

«Ne pas tenter le diable»

Alain Laumonier, directeur de chantier, connait le Mali depuis 25 ans, en mission à Bamako depuis quatre mois.

«Bien qu’aillant fait une demande de carte consulaire, l’ambassade ou le consulat ne m’ont jamais contacté pour m’informer de quoi que ce soit. Ici personne ne parle de ces évènements ou du triste et malheureux sort des deux jeunes au Niger. (…) Je n’ai pas réellement peur sinon je partirais. La peur ne doit pas exister et elle n’évite pas le danger. Je pense que nous sommes tous en insécurité, à nous de nous mettre en sécurité le plus possible. Il ne faut pas tenter le diable !»


«Le consulat ne m’a pas contacté»

Fabien Offner, journaliste, à Bamako depuis six mois.

«Bamako a une population très calme et très ouverte donc on a un peu de mal à se sentir en insécurité. Le repaire d’Al Qaida est censé être dans le nord-est du Mali, à plus de 1000 kilomètres de Bamako. On a du mal à imaginer que les terroristes puissent venir en 4X4 à Bamako pour enlever quelqu’un et repartir sans être interceptés. (…) Le consulat a mon mail mais je n’ai pas été contacté depuis l’attentat contre l’ambassade de France début janvier. (…) Si on prend un peu de recul sur les expatriés, c’est assez marrant : quand il ne se passait rien au Mali, beaucoup criaient à la paranoïa et à la psychose et maintenant qu’il se passe quelque chose, ils se plaignent que le consulat ne leur dit pas grand-chose. Les Français sont fidèles à leur réputation de râleurs.»

Recueilli par Jean-Philippe Chognot

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