Lycées sans options et fermeture de classes: le budget 2011 affaiblit l’école

Publié le par Jean-Philippe Chognot

Vingt-cinq organisations appellent à manifester le 19 mars pour inverser les choix budgétaires.

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Ce sera une journée pour l’école. A l’appel du collectif « L’école est notre avenir », une journée nationale d’action est organisée partout en France, samedi19 mars. Les vingt-cinq organisations syndicales qui composent ce collectif protestent contre les réductions budgétaires dictées par la révision générale des politiques publiques.

A la rentrée de septembre 2011, 16000 départs à la retraite ne seront pas remplacés dans l’éducation nationale. Cela portera le nombre de suppressions de postes à 66000 depuis 2007. La colère monte un peu partout dans le pays à la découverte de dotations horaires qui permettent parfois à peine de mettre en place les obligations d’enseignement et qui imposent partout en France des fermetures de classes, des augmentations du nombre d’élèves par classe et la fin de nombre d’enseignements. Quatre illustrations emblématiques de la situation sur le terrain.

 

A Vic-sur-Aisne (Aisne), plus d’élèves, moins de classes en maternelle Dans cette petite ville de l’Aisne, l’école maternelle risque de perdre un de ses trois postes d’enseignants en septembre. « Le rectorat nous retire un poste alors que nos effectifs vont augmenter », peste le maire Bernard Ruelle, qui comptabilise déjà soixante-cinq pré-inscriptions pour la rentrée 2011, contre soixante-trois cette année. « Nous allons nous retrouver avec des classes de trente enfants, craint Céline Deffins, présidente de l’association de parents d’élèves « Les écoliers de Vic-sur-Aisne ». Les professeurs ne pourront plus s’occuper des enfants en grande difficulté, qui sont nombreux ici. »

Dans l’Aisne, Vic n’est pas la seule commune touchée par les suppressions de postes. Cinquante départs à la retraite d’enseignants ne seront pas remplacés à la rentrée. « C’est aberrant, s’emporte la mère de famille. Surtout dans un département comme le nôtre, extrêmement touché par l’échec scolaire. »

Les parents vicois et leurs voisins vont créer un collectif pour faire pression sur le rectorat. Mardi, une réunion lancera le mouvement. Une première manifestation commune est prévue le 9 avril à Soissons. « L’inspecteur de notre circonscription assure que notre sort n’est pas scellé, rapporte Céline Deffins. Nous devons donc continuer à lutter pour que nos enfants ne soient pas une variable comptable. »

Globalement en France, la scolarité des 2 ans est passée sous le cap des 20%. Les syndicats craignent que cette restriction appliquée aux 2-3 ans ne se déplace demain sur les 3-4 ans.

 

L’académie de Nantes perd son latin En septembre, l’étude optionnelle du latin va disparaître de quinze lycées publics sur quarante-six. « Elle fait les frais des réductions de dépenses, indique Guy Chabior, chargé de communication au rectorat. Il faut faire un choix et nous privilégions les enseignements obligatoires par rapport aux options facultatives comme les langues anciennes. » En se basant sur les effectifs de la rentrée 2010, en-dessous de dix élèves, l’option n’est pas maintenue.

L’annonce se heurte à l’opposition des enseignants. « Nous comprenons l’argument économique, mais là, ce sont vraiment des économies de bouts de chandelle »,déplore Claire Couturier, présidente de l’Association des professeurs de latin et de grec (APLG) de l’académie de Nantes. Elle enseigne en 3e dans le nord de la Sarthe. Plus aucune classe de 2de n’y proposera l’option à la rentrée 2011. « En ce moment, nous essayons de trouver une dizaine de latinistes pour obliger le rectorat à rouvrir une section », prévient la professeur.

La Coordination nationale des associations régionales des enseignants de langues anciennes, la Cnarela, craint que la baisse de l’offre n’entraîne une diminution du nombre d’élèves. Elle fait remarquer que le nombre d’élèves étudiant ces langues anciennes a décru de 3000 entre 2009 et 2010, alors qu’il avait augmenté de 8000 entre 2005 et 2008.

 

En Lozère, un collège menacé de fermeture Trente-cinq élèves, douze professeurs, quatre classes… Situé à Sainte-Enimie (Lozère), Pierre-Delmas, le plus petit collège de France, est en sursis. Le rectorat lui a lancé un ultimatum : il devra présenter trente-cinq inscriptions sûres dès la mi-mai pour ne pas disparaître en septembre.

Problème : il n’y a pas de classe de CM2 dans le village cette année. Donc pas de vivier potentiel. « Depuis un mois, les parents, les professeurs et moi sommes devenus les VRP du collège, ironise le maire François Gaudry, nous essayons d’attirer des élèves des alentours. » L’association des « amis du collège » en aurait déjà convaincu une quinzaine de s’inscrire dans cette petite structure de proximité. « Je resterai inquiet tant que ces inscriptions ne seront pas validées », confie l’édile.

S’il échoue, les élèves du village seront répartis entre trois collèges des environs, notamment celui de Florac, à vingt-sept kilomètres, dont dépend Pierre-Delmas. Mais l’enjeu dépasse le cadre scolaire. « Si le collège ferme, s’alarme M.Gaudry, l’épicier et le boulanger, qui fournissent la cantine, partiront aussi. »

Les établissements scolaires sont partie intégrante de l’aménagement du territoire. A la rentrée 2011, les élus craignent des fermetures d’écoles et de quelques collèges.

 

A Dunkerque, une classe préparatoire de proximité ferme ses portes Le couperet est tombé le 11 mars. La prépa économique du lycée Jean-Bart de Dunkerque (Nord) fermera à la rentrée. Raison invoquée par le rectorat : les effectifs sont trop faibles.

Cette année, la classe compte seize élèves, pour une capacité maximale de quarante-sept. « Quand le rectorat nous a prévenus, nous étions en train de lancer une campagne de communication dans les médias pour attirer plus de monde », indique le proviseur Gilles Hogrel, d’une voix désabusée.

Le corps enseignant accueille la nouvelle avec amertume. « Nous accomplissions une vraie mission de service public, clame Axelle Degans, professeur d’histoire-géographie. Beaucoup d’élèves étaient issus de milieux très défavorisés. La plupart n’auront pas les moyens d’étudier ailleurs et n’auront donc plus l’occasion d’intégrer des grandes écoles. » Pour suivre le même cursus, les élèves devront désormais s’inscrire au lycée Faidherbe de Lille, à 80 kilomètres de Dunkerque.

Alors que le ministère de l’enseignement supérieur dit se battre pour un élargissement du profil des élites françaises – un changement qui passe par une augmentation du nombre d’élèves défavorisés dans les grandes écoles –, ces classes préparatoires de proximité, qui sont un levier de ce changement, ferment.

Jean-Philippe Chognot

Photo de Robin Simon

 

Article publié dans le journal Le Monde, du 19/03/2011, en page 16.

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