En Seine-Saint-Denis, une passerelle pour les grandes écoles

Publié le par Jean-Philippe Chognot

Du bac pro à Sup de Co, le cursus suivi par Salloumou Keïta est plutôt singulier. Collégien « mauvais et dissipé » selon ses termes, il s’oriente vers une filière professionnelle. Il y enchaîne un brevet d’enseignement professionnel (BEP), un baccalauréat professionnel puis un brevet de technicien supérieur (BTS). « Je n’avais jamais pensé à faire de longues études », indique le natif du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), aujourd’hui âgé de 23 ans. « Dans ma famille, tout le monde travaille tôt », raconte-t-il. Et cela aurait aussi pu être son cas. A bac+2, sa carrière est toute tracée. BTS en poche, il sera responsable de magasin. Mais c’était compter sans le dispositif « double ascension ».

Il s’agit d’un partenariat mis en place à la rentrée 2009 entre quatre établissements : le lycée Jean-Renoir de Bondy, l’IUT de Bobigny, l’université Paris-XIII et ESCP Europe, une grande école de commerce. BTS ou DUT en poche, les élèves bondynois et balbyniens peuvent s’inscrire directement en troisième année de licence dans la faculté parisienne. L’objectif est de les mettre à niveau pour passer le concours aménagé – exclusivement oral – d’ESCP Europe. En plus du programme, les étudiants suivent des modules de rattrapage en mathématiques, culture générale et langues, et préparent un projet professionnel qu’ils soutiendront au moment de l’admissibilité. L’école prend en charge les 11300 euros de frais de scolarité annuels des admis.

 

« Généralisable »

Onze élèves ont inauguré le dispositif en 2009-2010. Dix ont validé la licence ; cinq ont été admis à ESCP Europe. Parmi eux, Salloumou Keïta. « Jusqu’à la rentrée, je ne réalisais pas que j’étais en école de commerce, c’était inconcevable », confie-t-il.

Cette année, dix-huit élèves de la Seine-Saint-Denis, décomplexés, espèrent suivre le même chemin. « C’est une occasion énorme, et nous n’avons pas le droit à l’erreur », lâche Charlène Amable, 22 ans. Elle veut intégrer ESCP Europe pour créer un salon de coiffure ethnique low cost.

La prestigieuse école ne s’est pas engagée dans le projet par « civisme », assure Pierre-Arnaud Moreau-Portejoie, chargé de mission diversité au sein de l’établissement. Il estime que les anciens élèves de filières professionnelles et technologiques sont un « gain » pour l’école. « Ils apportent leur pragmatisme, leurs compétences opérationnelles, se réjouit-il. Ils comblent leurs lacunes méthodologiques grâce à une motivation débordante et une vraie soif d’apprendre. »

Confortés par les débuts prometteurs de « double ascension », les promoteurs du dispositif souhaitent l’élargir. « Le modèle est généralisable, garantit M. Moreau- Portejoie. D’autres pourraient s’en inspirer. » De son côté, le lycée Jean-Renoir de Bondy compte lancer un partenariat similaire avec l’Ecole de management de Lyon.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le supplément Education du journal Le Monde, du 09/03/2011, en page 3.

Publié dans France

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