En Birmanie, un nouveau gouvernement en habits civils

Publié le par Jean-Philippe Chognot

Près de cinq mois après les élections législatives, le Conseil d’État pour la Paix et le Développement (SPDC), plus connu sous le nom de la « junte birmane », a été dissous hier. Un gouvernement composé de civils le remplace.

 

Le pouvoir birman change-t-il vraiment de nature ?

Officiellement, le régime n’est plus militaire. Dans les faits, le pouvoir reste entre les mêmes mains. La quasi-totalité des membres du gouvernement présenté hier sont d’anciens militaires. La plupart ont quitté l’armée en 2010 pour pouvoir participer aux élections des parlements régionaux en novembre. « Ils avaient tous de l’autorité dans les structures de la junte, indique Olivier Guillard, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Ils ont seulement abandonné leur treillis pour le costume. » À la tête de l’État, le généralissime Than Shwe est remplacé par un de ses fidèles, Thein Sein, intronisé président hier. Cet ancien général est le premier ministre sortant. Il a mis un terme à sa carrière militaire en avril 2010, après quarante-sept ans passés dans l’armée. Pour sa part, l’ancien leader « Than Shwe voudrait se retirer progressivement tout en gardant la main sur un secteur lucratif, comme celui de l’énergie », indique Sophie Boisseau du Rocher, chercheur à l’Asia Centre.

 

Faut-il s’attendre à un assouplissement du régime ?

La dissolution de la junte donne naissance à ce que les militaires qualifient de « démocratie civile disciplinée et prospère ». Ce nouveau régime n’a de démocratique que le nom. Pourtant, de nouveaux partis d’opposition ont vu le jour à l’occasion des élections de novembre dernier. « Il y a de nouveaux acteurs dans la vie politique birmane : on compte au moins cinq partis d’opposition crédibles, note Sophie Boisseau du Rocher. Certes, ils manquent singulièrement de moyens et de capacité de nuisance, mais ils existent et c’est une tendance nouvelle. » Pour sa part, l’opposante historique Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, a été libérée le 13 novembre dernier, après sept ans de résidence surveillée. « Le fait que la junte ait décidé de donner une allure plus présentable à ses institutions alors que rien ne l’y contraignait marque le début de l’idée d’un changement à moyen ou long terme », estime Olivier Guillard.

 

La communauté internationale va-t-elle revoir sa politique de sanctions ?

Le dossier birman divise la communauté internationale. La plupart des démocraties occidentales appliquent des sanctions politiques et économiques à la Birmanie depuis la fin des années 1980. Parmi eux, les États-Unis et le Royaume-Uni sont les plus sévères. La France, l’Allemagne et l’Italie réfléchissent au contraire à une levée, au moins partielle, de sanctions qui n’ont pas prouvé leur efficacité. « Ils y réfléchissent discrètement pour que leurs opinions publiques et les organisations non gouvernementales ne s’en émeuvent pas », commente Olivier Guillard. De leur côté, les voisins asiatiques de la Birmanie accueillent favorablement son polissage institutionnel. « L’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est, NDLR) a toujours essayé d’inciter son ‘‘mouton noir’’ à devenir plus présentable, explique l’expert de l’Iris. C’est également le cas de la Chine. »

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 31/03/2011, en page 10.

Publié dans International

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