Diaspora iranienne : les jeunes Parisiens redécouvrent le persan

Publié le par Jean-Philippe Chognot

Ecriture-persane.jpgLe farsi est à la mode au sein des nouvelles générations d’Iraniens à Paris. Par quête d’identité ou pour gagner des points au bac, les adolescents et jeunes adultes de la diaspora persane retournent aux sources en apprenant la langue de Hafez*.

« Quand j’étais petite, papa me forçait à parler persan mais j’étais réticente. Maintenant, c’est moi qui essaye d’apprendre la langue par mes propres moyens, avec des livres. » À dix-neuf ans, Aryana, fille d’immigré iranien, redécouvre sa langue paternelle sur le tard. Elle a pris cette initiative pour « communiquer avec [sa] grand-mère » et « pouvoir participer aux conversations lors des réunions de famille ». Son témoignage n’est pas un cas isolé au sein de la diaspora persane à Paris.
Pour la sociologue Vida Nassehi-Behnam, spécialiste de l’immigration iranienne en France, l’exemple d’Aryana illustre une tendance récente mais répandue : « Les jeunes, qui ont aujourd’hui entre dix et vingt ans environ, commencent à apprendre la langue. C’est pour eux un retour vers la culture maternelle. » Chideh Hekmati, qui enseigne le farsi au lycée Molière (Paris XVIe) depuis trente ans, abonde dans son sens : « Les nouvelles générations sont de plus en plus sensibles à leur identité et à leur histoire. »
Cette quête identitaire est encore plus présente chez les enfants dont un seul parent est iranien. « Nous accueillons de nombreux enfants de couples mixtes dans nos cours de persan », témoigne Hamed Sadighi, du centre culturel iranien de Paris. Parfois, le conjoint français accompagne même sa progéniture. « J’ai parmi mes élèves un père et son fils qui ont décidé d’apprendre le farsi parce que la mère est iranienne », confirme Chideh Hekmati.
Les motivations peuvent également être plus intéressées. Par exemple, beaucoup de lycéens retournent vers la langue de leurs aïeux en vue du baccalauréat. « Ils prennent le persan comme première ou deuxième langue ou même en option. Ça peut leur rapporter beaucoup de points et permettre à certains de décrocher une mention », fait remarquer la pédagogue. L’école Saadi*, située dans le XVIIe arrondissement de la capitale, s’est fait une spécialité de préparer les candidats au bac.
Si de plus en plus de jeunes Parisiens parlent farsi, peu l’écrivent et le lisent. « Ceux-là sont vraiment minoritaires », assure Vida Nassehi-Behnam. « Il y a beaucoup de différences entre le parlé et l’écrit, explique Chideh Hekmati. Pour apprendre à écrire, il est indispensable d’étudier. » Maîtriser l’écriture persane et le persan littéraire peut prendre des années d’un apprentissage difficile. Mais comme le dit un proverbe persan : « Apprends ce qui te semble difficile : tout ce qui est difficile devient facile grâce à l'apprentissage. »

Jean-Philippe Chognot


* Saadi et Hafez sont deux poètes persans de la ville de Chiraz. Le premier vécut au XIIIe siècle et le second au XIVe.

Publié dans Local

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article