Stephen Brun : «Les fans voulaient tuer Marshall»

Publié le par Jean-Philippe Chognot

« J’ai assisté à une bagarre énorme à Split en début de saison, à domicile face au Cibona. Toute la semaine avant le match, mon coéquipier Sinisa Stemberger, un arrière maigrichon au sang chaud, me disait : “ Rawle Marshall is a pussy ! Je vais lui mettre des coups ! ” Le match arrive. Deux heures avant la rencontre, notre petit gymnase est déjà blindé. En première mi-temps, ça commence à chauffer un peu entre eux. En début de seconde période, Stemberger lui met un coup involontaire dans la tête. Plus tard, il y a un temps-mort. Tout le monde se dirige vers les bancs. À ce moment, j’entends le public crier donc je me retourne. Ils sont en train de se battre. C’est énorme ! Une bagarre comme au hockey. Tout le monde va sur le terrain mais personne ne les sépare. Les joueurs du Cibona nous empêchent d’intervenir parce que Marshall a le dessus. Tant qu’ils sont debout, ils tapent. C’est seulement quand ils commencent à tomber par terre qu’ils finissent par se séparer. Il y a du sang partout !

Le pauvre Marshall… Il est américain et, en plus, il est black. En Croatie, ils ne sont pas racistes mais c’est limite. Le public lui jette des briquets, des Zippo, des pièces… Il y a au moins 60 policiers sur le terrain qui retiennent les supporters. Sinon, Marshall, il est mort. Il rentre finalement aux vestiaires. Mais là, au moins 100 supporters font le tour, cassent les vitres du vestiaire du Cibona et essayent d’entrer pour le tuer. Les flics sont obligés d’intervenir. À la fin du match, pour sortir, ils font venir des policiers en plus. Sans mentir, il y en a au moins 500 autour de lui. Le gymnase entier l’attend dehors. Les fans commencent à l’insulter, à chanter des chansons. Je ne sais pas ce qu’ils disent mais ça ne doit pas être bien gentil. Il se prend des briquets sur la tête. Tout le monde lui tape dessus. C’est vraiment chaud mais il réussit à s’en aller.

Finalement, le match s’est terminé à 4 contre 4. Je me suis fait virer pour être entré sur le terrain. De son côté, Stemberger a eu sept points de suture. Il s’est pris des bonnes droites de la part du Ricain. Toute la semaine, on l’a chambré : “ He’s a pussy, he’s a pussy. Mais bon, il t’a bien défoncé quand même. ” »

Propos recueillis par Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le BasketNews du 19/02/2009, en page 22.

Publié dans Basketball

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