Kevin Durant : potentielle superstar ?

Publié le par Jean-Philippe Chognot

Personne ne peut remettre en cause le talent du prodige d’Oklahoma. Ses statistiques plaident pour lui. Par contre, beaucoup doutent de sa capacité à devenir un leader qui rend son équipe meilleure. Les résultats du Thunder vont dans le sens des sceptiques. Peut-il les faire mentir ?

Staples Center, Los Angeles, 23 janvier. Cinq secondes à jouer. Oklahoma City est à trois points des Clippers, 104-107. Nick Collison est sur la ligne de réparation et rate intentionnellement son lancer. Déjà auteur de 46 points et 15 rebonds, Kevin Durant hérite de la balle de match. Il court vers la ligne des trois-points, se retourne, décoche un tir en déséquilibre… airball ! Le Thunder s’incline pour la 35e fois en 44 rencontres cette saison. Cette fin de match serrée illustre tout le paradoxe du surdoué : des statistiques ronflantes – 24,7 points et 6,4 rebonds – mais une incapacité chronique à faire gagner son équipe. Cette lacune l’empêche d’être l’égal des superstars de la Grande Ligue… Pour l’instant.

L’ancien Longhorn de Texas a conscience que la route est encore longue pour y parvenir. « Je ne me considère pas comme un all-star (ndlr : propos tenus avant l’annonce des sélections) », assure Durant, lucide, dans les colonnes de The Oklahoman. « Un des principaux critères pour en être un est d’amener son équipe à la victoire. J’espère en être capable un jour mais, pour le moment, j’essaye juste de faire progresser la franchise. »

Une tâche qui demande de la patience. Durant est en effet le leader d’une équipe très jeune. Jugez plutôt : ses deux lieutenants n’ont connu que 22 et 20 printemps – respectivement le sophomore Jeff Green et le rookie Russell Westbrook. Kevin Durant, lui-même, a soufflé ses 20 bougies cet automne. Si le talent de cette troïka est indéniable, il nécessite, comme le bon vin, un peu de temps pour arriver à maturité. Difficile dans ces conditions de gérer avec clairvoyance les moments chauds : depuis le premier entre-deux de la saison, douze matches se sont terminés sur un écart inférieur à cinq points, le Thunder n’en a empoché que deux.

Si Kevin Durant n’a pas l’expérience de ses ainés, il dispose d’un atout qui n’attend pas le nombre des années : le talent. L’extérieur filiforme au visage poupon affiche un profil unique en NBA : grand pour son poste – 2,06 m –, athlétique et rapide pour sa taille, mais très loin des standards physiques de la Ligue – 97 kg. Pour l’anecdote, lors d’un camp d’avant-draft à Orlando en 2007, le natif de Washington fit sensation en ne parvenant pas à soulever une barre de 84 kg au développé-couché. Peut-être la faute à des bras interminables : toujours lors du même camp, son envergure fut mesurée à 2,25 m (!), une « wingspan » digne des plus grands échassiers qui peuplent les raquettes américaines.

 

Repositionné à l’aile

Cette caractéristique offre au Rookie of the year en titre un potentiel défensif intéressant qu’il ne met pas encore à profit. Le numéro 35 d’OKC n’intercepte que 1,2 balle et ne dévie que 0,8 tir par rencontre. Chiffre encore plus éloquent : il ne commet que 1,7 faute par match, preuve d’une implication minimum en défense. Pour aider son poulain à passer un cap dans ce domaine, l’entraîneur du Thunder, Scott Brooks, s’est adjoint début janvier les services de Ron Adams, assistant coach spécialiste des missions défensives.

Autre ajustement pour faciliter la tâche du sophomore : évoluant à l’arrière depuis ses débuts en NBA, il a été repositionné à l’aile depuis la prise de fonction de Scott Brooks à la fin novembre. « C’est mon poste de prédilection. Je m’y sens bien plus à l’aise », se réjouit Kevin Durant. Gêné par des joueurs plus petits et plus rapides que lui au poste 2, il garde un léger avantage de taille en 3 tout en comblant son déficit de vitesse. Il se retrouve toutefois opposé à des gabarits nettement plus musculeux que lui. « Il faut simplement qu’il s’habitue à se frotter à des joueurs plus puissants », anticipe son coéquipier Jeff Green. « Quand il jouait shooting guard, il était face à des gars comme Allen Iverson. Maintenant, ce sera des joueurs comme LeBron James et Carmelo Anthony. »

De l’autre côté du terrain, Kevin Durant ne rencontre pas les mêmes difficultés. Pour sa deuxième saison dans la Ligue, le jeune shooteur est déjà 6e scoreur de la NBA. Il est également parmi les tout meilleurs snipers au-delà des 7,23 m – 42,2% des tentatives converties. Un secteur en net progrès par rapport à sa saison rookie : en 2007-2008, le novice ne faisait fructifier que 28,8% de ses threepointers, la faute à une mauvaise sélection de tirs. « Je pense que la saison dernière n’était qu’un tour de chauffe pour lui », justifie Scott Brooks. « Tous les bons joueurs tentent de mauvais shoots de temps en temps. À chaque match, Kevin prend davantage de bons tirs. Ses pourcentages le prouvent. »

Depuis le 31 décembre, Kevin Durant est encore monté d’un cran sur un plan statistique, cumulant 27,6 points, 9,0 rebonds et 3,7 passes en 12 matches, shootant quasi systématiquement à 50% au moins. Toute l’équipe a bénéficié de la forme olympique de son leader. Résultat : un bilan équilibré de 6 victoires pour 6 défaites sur la période, avec au passage des succès convaincants face à Utah et Detroit. La série positive a laissé entrevoir la capacité du jeune prodige à rendre son équipe meilleure. A confirmer…

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le BasketNews du 29/01/2009, en page 18.

Publié dans Basketball

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