Cheikhou se fait un nom

Publié le par Jean-Philippe Chognot

À 25 ans, le Rouennais Cheikhou Thioune découvre la Pro A sur le tard. Mais l’ailier franco-sénégalais rattrape le temps perdu à toute vitesse. Si le SPOR est dans les clous du maintien, c’est grâce à lui.

Qui connaissait Cheikhou Thioune en début de saison ? Poser la question, c’est déjà y répondre. Mais désormais, plus personne ne peut ignorer les capacités de l’ailier du SPO Rouen. Il n’a fallu qu’une douzaine de matches au Franco-sénégalais pour faire l’unanimité. « Pour un Français, ce n’est pas évident de s’imposer en Pro A. Cheikh y arrive et c’est tout à son honneur », applaudit Mike Gonsalves, son coach de 2003 à 2006 à Charleville-Mézières. Leader du promu rouennais, Thioune, très productif – 5e évaluation française de la division (14,7) –, se fait une place à la mesure de ses biceps, c’est-à-dire extra-large.

« Ce que Cheikh réalise cette saison est tout sauf une surprise. Quand il a débarqué en France (à 16 ans en 2000, ndlr), il avait déjà l’ambition de faire son trou en Pro A », assure Philippe Maucourant, qui a accompagné ses premières dribbles en espoir à Limoges. À l’époque, Zig – son surnom au pays de la Teranga – n’avait connu que les terrains asphaltés du championnat sénégalais avec le Sibac et la Jeanne d’Arc de Dakar. « Cheikh était déjà très impressionnant physiquement. Il n’avait plus qu’à progresser dans l’aspect tactique du jeu », ajoute l’actuel entraîneur du GET Vosges.

Pendant deux ans, Cheikhou Thioune s’entraîne avec les pros du CSP mais ne peut pas intégrer l’effectif à cause de son statut d’étranger – il sera naturalisé durant la saison 04-05. Le club décide alors de le prêter aux voisins de Châtellerault, en N2. Mais Thioune ne fait pas de vieux os dans les divisions fédérales. Il rejoint vite la N1 puis la Pro B avec l’Étoile de Charleville. « À Châtellerault, il n’évoluait pas à son vrai poste : il jouait ailier-fort alors que c’est un ailier », indique Mike Gonsalves. « À Charleville, son repositionnement au poste 3 l’a obligé à progresser sur le plan défensif, notamment à l’opposé du ballon et sur les aides. »

Ces quelques ajustements opérés, les montées successives se font sans douleur. L’ailier se permet même le luxe d’améliorer ses productions pour sa première saison dans l’antichambre : 18,3 pts pour 17,2 d’éval en Pro B contre 16,8 pts pour 16,8 d’éval en N1. « Cheikh a une grande faculté à s’adapter au niveau dans lequel il est. C’est encore le cas cette année. Il affiche sensiblement les mêmes chiffres que l’année dernière en Pro B », remarque Philippe Maucourant . « Mon adaptation en Pro A est due à 80% au discours de Michel Veyronnet », révèle le natif de Pikine. « À l’intersaison, il m’a dit de jouer mon jeu sans me poser de questions. Ca m’a beaucoup aidé. »

 

Un gros travailleur

Tous les coaches qui l’ont eu sous leurs ordres avancent une autre explication : sa forte capacité de travail. « Il n’hésite pas à en faire toujours plus que les autres joueurs », complimente son entraîneur Michel Veyronnet. « Il arrive toujours avant les entrainements et reste après pour shooter. » Même son de cloche du côté de Mike Gonsalves : « C’est un gros travailleur. Il est à l’écoute et cherche sans cesse à progresser. » « Je fais beaucoup de musculation, beaucoup d’heures supplémentaires et je me remets toujours en question », détaille le numéro 8 du SPO.

Cette qualité lui a permis de se doter d’un shoot fiable à longue distance, un atout loin d’être inné pour lui. « Au début, Cheikh fuyait les tirs à trois-points », se rappelle Philippe Maucourant. « Le déclic est venu de Michel Veyronnet. Quand je suis arrivé à Rouen, il m’a pris la tête parce que je refusais les shoots. Parfois, je montais en l’air et je faisais finalement la passe », raconte l’international sénégalais. « C’est encore une fois la confiance du coach qui m’a aidé. » Cette saison, il tourne à 41% derrière la ligne. Au général, Thioune est l’extérieur le plus adroit de Pro A, en convertissant 58,5% de ses tirs.

Sa panoplie ne s’arrête pas à son tir. Michel Veyronnet peut en effet s’appuyer sur un « joueur de forte consistance ». L’entraîneur normand est encenseur à l’égard de son protégé : « Cheikh est très précieux. Il perd peu de balles, sélectionne bien ses tirs, est opportuniste au rebond. C’est un excellent défenseur, un leader vocal sur et en dehors du terrain. » Coach Veyronnet apporte toutefois un bémol : « Cheikh peut encore améliorer son jeu en pick and roll et sur les contre-attaques. Il est tellement attiré par le rebond que ce n’est pas souvent lui qui termine les actions sur jeu rapide. »

Malgré son début de saison réussi, Cheikhou Thioune n’a pas été sélectionné au All-Star Game en décembre. Il n’a décroché qu’une place de suppléant après les forfaits de Cyril Julian et Ludovic Vaty. Alors : sous-estimé ou pas ? Les coaches de Pro A ont répondu à cette question par la positive lors d’un sondage paru dans le dernier Maxi-BasketNews. Le premier concerné ne s’en formalise pas : « Je ne suis pas sousévalué. Ceux qui ont été sélectionnés – Amara Sy, Laurent Foirest et Stéphane Risacher – méritaient leur place. » Michel Veyronnet y voit même du positif : « Ça lui fait un objectif pour l’an prochain. »

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le BasketNews du 15/01/2009, en page 12.

Photo : Pascal Allée / Hot Sports

 

Publié dans Basketball

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