Mélenchon veut unir la gauche du PS

Publié le par Jean-Philippe Chognot

 

Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez, démissionnaires du Parti socialiste, ont lancé le Parti de gauche (PG) le 29 novembre dernier. Leur but est de rassembler la gauche du PS et de créer ainsi un Die Linke à la française.

« Jean-Luc Mélenchon prévoyait depuis longtemps de rompre avec le PS. Le gros score de Ségolène Royal n’a été qu’un prétexte », analyse Rémi Lefebvre, politologue spécialiste du Parti socialiste. Le sénateur de l’Essonne et Marc Dolez, député du Nord, ont rendu leur carte de militant le 7 novembre après que le courant « royaliste » est arrivé en tête du vote des motions (29 %) avant le congrès de Reims. Le 29 novembre, les deux élus ont lancé leur nouveau parti, le Parti de gauche (PG), lors d’un meeting à l’Île-Saint-Denis (93).

« Jean-Luc et moi avons quitté le Parti socialiste pour pouvoir rester socialiste et de gauche », explique Marc Dolez. Le virage vers la social-démocratie, que négocie le PS, a convaincu les deux ex-représentants de l’aile gauche du Parti de franchir le Rubicon. « Ils étaient dans une position schizophrénique au sein du PS, indique Rémi Lefebvre. Leurs idées de gauche ne correspondaient plus à celles de leur famille politique qui se décale vers le centre. »

Mélenchon et Dolez veulent donc investir l’espace laissé libre par le glissement de leurs anciens camarades. Pour ce faire, le Parti de gauche a comme objectif de réunir tous les réformistes de gauche pour s’engouffrer entre le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) de Olivier Besancenot et le PS. « Jean-Luc Mélenchon parie sur une recomposition des forces de gauche. Il veut notamment faire alliance avec le Parti communiste (PC) », signale le politologue.

 

Le Die Linke français ?

Les deux fondateurs du PG tenteront de mettre en pratique cette stratégie d’alliance en vue des élections européennes de juin 2009. « Pour cette échéance, nous allons essayer de rassembler la gauche du « non » (au référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005, ndlr) pour créer un front capable de construire une Europe plus sociale et démocratique », confirme Marc Dolez. Un dessein difficile à atteindre selon Rémi Lefebvre : « Je doute beaucoup qu’ils y parviennent. Besancenot est très réticent face à la démarche de Jean-Luc Mélenchon. Je ne pense pas qu’il s’alliera avec le PG et le PC. »

Cet obstacle qui se dresse sur la route du jeune parti est symptomatique des divisions qui touchent le paysage politique à gauche. « À l’image du Parti socialiste, la gauche du PS est très fractionnée avec des divisions parfois superficielles », compare l’expert. Une multitude d’organisations politiques qui laissent peu de marge au Parti de gauche. « J’ai bien peur que le PG ne soit qu’un parti de plus à gauche dans un espace déjà assez encombré », ajoute le politologue.

Marc Dolez voit l’avenir de son parti autrement. Il lui prédit un destin semblable à Die Linke en Allemagne. Ce parti, créé par le Sarrois Oskar Lafontaine en juin 2007 en dissidence du SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands), est maintenant un acteur majeur de la politique outre-Rhin. « La configuration n’est pas du tout la même pour le Parti de gauche. Les deux situations ne sont pas comparables, assure Rémi Lefebvre. En Allemagne, il n’y avait aucun parti à la gauche du SPD. La différence est fondamentale. »

Jean-Philippe Chognot

 

Publié dans France

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