Les magistrats réservent leur jugement

Publié le par Jean-Philippe Chognot

Une semaine après avoir été reçus à l’Elysée, les magistrats de l’Union syndicale des magistrats (USM) ne sont pas encore totalement rassurés. Par la voix de leur secrétaire général, Laurent Bédouet, ils expriment leurs craintes toujours vives.

« Nicolas Sarkozy nous a affirmé sa confiance et son respect pour la justice. Pour l’instant, ce ne sont que des paroles, nous attendons les faits », prévient Laurent Bédouet, secrétaire général de l’Union syndicale des magistrats. Alors que le syndicat majoritaire de la magistrature a été reçu le 27 octobre à l’Elysée par le président de la République, toutes ses craintes ne sont pas dissipées.

Les reproches sont encore nombreux. « Nous n’acceptons pas la conception brutale qu’a Rachida Dati de la relation entre les magistrats et la chancellerie. Cela s’exprime dans la façon dont elle conçoit le rôle du procureur », explique Laurent Bédouet. Le garde des Sceaux avait convoqué le procureur de Sarreguemines le 6 octobre dernier en pleine nuit après le suicide d’un mineur de seize ans détenu à la prison de Metz-Queuleu. « Cela a mis le feu aux poudres », assure le syndicaliste.

Autre grande crainte dans les rangs des magistrats : le budget de la justice. « Le ministère dit qu’il augmente pour 2009. En réalité, c’est vrai que le budget alloué aux prisons sera à la hausse mais le budget de la protection judiciaire de la jeunesse baisse de 2,5 % », rectifie le délégué syndical.

Par ailleurs, la réforme de la carte judiciaire, qui avait fait grand bruit il y a quelques mois, est toujours d’actualité. « Cet été, le ministre avait 800 millions d’euros pour compenser la fermeture des tribunaux, rappelle Laurent Bédouet. Or le projet de budget 2009 ne prévoit que 70 millions d’euros. »

Enfin, l’Union syndicale des magistrats s’alarme sur le manque de personnel dans les tribunaux. Le syndicat ne se satisfait pas des augmentations de postes annoncées par le gouvernement. « Les magistrats sont pris sans arrêt par le temps et croulent sous les dossiers. Les augmentations de postes ne suffisent pas à compenser le manque de greffiers, chez qui il n’y a pratiquement pas de créations de postes », fait remarquer le secrétaire général.

Des doléances à la pelle qui témoignent parfaitement d’un « malaise profond dans la justice, pas seulement chez les magistrats mais chez tous les fonctionnaires de justices ». Laurent Bédouet conclut : « A l’heure actuelle, nous ne sommes ni optimistes, ni pessimistes. Nous sommes dans l’expectative. »

Jean-Philippe Chognot

Publié dans France

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