Étang de Boutache : un patrimoine à préserver

Publié le par Jean-Philippe Chognot

L’étang de Boutache, sur le territoire de Beuvardes, risque de se fermer et avec lui sa flore exceptionnelle. Une perspective que le Conservatoire des sites naturels de Picardie veut éviter.

« Autrefois, l’étang de Boutache s’étalait sur deux hectares et demi. Aujourd’hui, sa superficie est très réduite à cause de l’envasement », compare Adrien Messean, chargé d’étude scientifique au Conservatoire des sites naturels de Picardie. Partant de ce constat, l’organisation écologique a pour mission de redonner au plan d’eau son aspect initial.

Propriété du Raison ferré de France (RFF), le site va bientôt être rétrocédé à la municipalité de Beuvardes. C’est cette dernière qui a confié au Conservatoire la gestion du lieu.

« Notre travail consiste à analyser le plus finement possible la faune et la flore présente, d’évaluer les menaces qui pèsent sur elle et de mettre en œuvre des solutions pour les éviter », synthétise Adrien Messean.

Dans le cas du domaine de Boutache, l’enjeu est d’empêcher l’étang forestier de disparaître

totalement. Ce plan d’eau s’est formé il y a quelques centaines d’année par élévation du niveau d’eau grâce à une digue disposée sur le rû local. « À cette époque, une ferme se trouvait dans les environs. L’étang de Boutache servait probablement à abreuver le bétail », présume le scientifique.

 

Un coupable : le saule cendré

Avec le temps, l’étang s’est réduit comme peau de chagrin pour ne ressembler qu’à un petit marais. « Il atteint une profondeur maximale d’une quinzaine de centimètres », confirme l’employé du Conservatoire. Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver le coupable. C’est le saule cendré qui grignote peu à peu la superficie de l’étang.

« Il se développe très bien dans les milieux humides comme celui-ci. La plante avance petit à petit sur les berges en créant de nouvelles racines, un peu à la manière des mandragores. C’est cela qui provoque la fermeture progressive du plan d’eau », explique Adrien Messean.

Pour remédier à ce problème, ce dernier a une solution : « Il faut d’abord que l’on débroussaille bien les lieux. Ensuite, on pourra peut-être permettre au bétail de revenir. Comme ça, dès qu’une pousse de saule cendré sortira de terre, elle sera mangée par les animaux. »

Des bénévoles s’occupent déjà de la première étape. Quelques-uns sont intervenus sur le domaine dans le cadre d’un « chantier nature » pour rendre un chemin praticable. « C’est en grade partie grâce aux bénévoles que nous arrivons à avancer », confie le scientifique.

Un redéploiement de l’étang de Boutache permettrait à la flore et à la faune locales de reprendre le dessus. « Beaucoup d’espèces ont disparu. Mais si l’endroit retrouve son état initial, celles-ci réapparaîtront automatiquement car leurs graines sont restées dans le sol », assure Adrien Messean.

Jean-Philippe Chognot

 

Le Conservatoire gère plus de 2.000 hectares

 

« La Picardie est l’une des plus petites régions de France en terme de superficie. Pourtant, le budget du Conservatoire des sites naturels de Picardie — 4,5 millions d’euros — est le plus élevé en France », se félicite Alain Suduca, vice-président et trésorier de l’organisation.

L’association (loi de 1901) a été créée il y a vingt ans. « À l’époque, elle ne se constituait que de ses deux fondateurs », rapporte l’écologiste.

Maintenant, le Conservatoire emploie quarante-sept salariés, techniciens et scientifiques, à temps plein et compte quelque six cents adhérents.

« Notre credo se résume en ces mots : ‘Connaître, protéger, gérer, valoriser’ », cite Alain Suduca. L’association écologique ne s’occupe que des zones de nature extraordinaire, c’est-à-dire non cultivées par l’homme.

« En Picardie, nous avons souvent affaire à des coteaux calcicoles. Ce sont des collines au sous-sol calcaire qui ont une végétation identique à celle du midi », confie le vice-président. Le Conservatoire gère une surface totale de plus de deux mille hectares, répartie sur quelque cent cinquante sites. L’Aisne en regroupe une soixantaine, dont une quinzaine dans l’Omois. Les partenaires financiers de l’association sont nombreux : « Nous travaillons avec l’État, l’Europe, les conseils généraux, la région, les agences de l’eau, les communautés de communes ou encore des particuliers, énumère Alain Suduca. Nous collaborons même avec l’armée à Sissonne. »

J.-P.C.

 

Article publié dans le journal l'union, édition de Soissons, du 27/08/2008, en tête de page 4.

Publié dans Local

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